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CAN 2025 — Lumumba en larmes : quand la mémoire africaine dérange encore

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À la CAN 2025, un homme immobile a parfois plus marqué les esprits que le jeu lui-même.
Michel Kuka Mboladinga, surnommé « Lumumba », est devenu le supporter le plus emblématique du tournoi en se tenant debout, bras levé vers le ciel, en hommage à Patrice Lumumba, figure majeure de l’indépendance de la République démocratique du Congo.

Après la défaite de la RD Congo face à l’Algérie (1-0 après prolongations) en huitièmes de finale, la statue s’est fissurée.
Lumumba a pleuré.
Des larmes humaines, sincères, qui ont rappelé que ce geste dépassait largement le cadre du football.


Qui est Patrice Lumumba ?

Patrice Lumumba n’était pas un politicien traditionnel.
Il fut une voix libre, née du cœur de la souffrance coloniale, portant le rêve de liberté pour son peuple.
D’une éloquence remarquable, sa parole fut une arme contre l’injustice, l’humiliation et le colonialisme.

Premier Premier ministre du Congo indépendant en 1960, il incarna l’espoir d’une Afrique souveraine, maîtresse de ses richesses et de son destin.
Cet espoir lui coûta la vie.

Assassiné avec ses compagnons, criblé de balles contre le tronc d’un arbre encore debout aujourd’hui sur la terre congolaise, son corps fut démembré puis dissous dans de l’acide sulfurique pour tenter d’effacer jusqu’à son souvenir.
Des décennies plus tard, seule une dent en or fut restituée à son pays, en juin 2022, par l’ancienne puissance coloniale belge.

Un symbole glaçant.
Mais aussi une vérité : on peut assassiner un homme, jamais une idée.


Quand le football touche à l’Histoire

Dans les tribunes, le « Lumumba » de la CAN ne jouait pas un rôle folklorique.
Il portait une mémoire.
Il rappelait que l’Afrique ne vit pas seulement le présent, mais marche avec ses morts, ses martyrs et ses combats inachevés.

C’est pourquoi le geste d’un joueur algérien, venu se moquer du supporter après l’élimination, est profondément déplacé.
Non pas parce qu’il s’agissait d’un Congolais en pleurs, mais parce que le symbole incarné renvoyait à l’un des plus grands leaders africains du XXᵉ siècle.

Imaginons un instant qu’un supporter algérien incarnant l’Émir Abdelkader, Larbi Ben M’hidi ou Didouche Mourad ait été ainsi « trollé » :
le tollé aurait été immédiat, général et légitime.

La mémoire ne se hiérarchise pas.
On ne choisit pas quels martyrs méritent le respect et lesquels peuvent être tournés en dérision.


Respecter les grands leaders africains

Patrice Lumumba, Nelson Mandela, Amílcar Cabral, Thomas Sankara et tant d’autres ne sont pas des icônes décoratives.
Ils sont les fondations politiques et morales de l’Afrique contemporaine.

Les respecter, même dans un stade, même dans l’euphorie d’une victoire, ce n’est pas faire de la politique déplacée :
c’est faire preuve de maturité historique.

Le match est terminé.
La victoire algérienne restera dans les statistiques.
Mais l’image de Lumumba en larmes restera dans la mémoire collective.

Parce qu’en Afrique, le football n’efface jamais l’Histoire.
Parce que la liberté a un prix.
Et parce que la mémoire des grands leaders africains mérite mieux que la moquerie : elle mérite le respect.

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