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26 janvier 1978 : le jeudi où la Tunisie s’est soulevée

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Le 26 janvier 1978, connu sous le nom de « Jeudi noir », marque un tournant majeur de l’histoire contemporaine tunisienne. Ce jour-là, la contestation sociale se transforme en affrontement politique direct avec le pouvoir, révélant une rupture profonde entre l’État et la rue.

L’UGTT, dernier contre-pouvoir

Après l’indépendance de 1956, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) accompagne le projet national porté par le parti unique. Mais face à l’omnipotence du Parti socialiste destourien (PSD) et à l’absence de toute opposition réelle, la centrale syndicale devient progressivement le principal espace de contestation et le cœur du contre-pouvoir sous le régime d’Habib Bourguiba.

Une crise généralisée

À la fin des années 1970, la Tunisie traverse une crise politique et sociale profonde : corruption, clientélisme, paralysie de l’État, luttes de succession et durcissement autoritaire. Les tensions sociales se multiplient et le régime choisit de désigner les syndicats comme responsables des grèves et du blocage économique.

Le « pacte social » signé en janvier 1977 entre le gouvernement et l’UGTT échoue à calmer la situation. En 1977, les mouvements sociaux auraient entraîné la perte de plus d’un million d’heures de travail, tandis que la répression s’intensifie.

De la grève au soulèvement

Le 20 janvier 1978, le PSD appelle à l’« épuration » des dirigeants syndicaux. Des attaques contre les locaux de l’UGTT sont menées dans plusieurs villes. L’arrestation d’Abderrazak Ghorbal à Sfax, le 24 janvier, déclenche l’appel à une grève générale lancé par Habib Achour pour les 26 et 27 janvier.

Sur la place Mohamed Ali à Tunis, Achour lance une phrase devenue historique :
« Il n’y a de combattant suprême que le peuple ».

La rue face à l’État

Dès le 25 janvier, le siège de l’UGTT est encerclé par les forces de l’ordre. Le lendemain, des milliers de travailleurs, rejoints par des jeunes et des chômeurs, envahissent les rues de Tunis. La grève générale se transforme en soulèvement populaire. Barricades, incendies et affrontements se multiplient malgré le couvre-feu.

La répression militaire

Face à l’ampleur du mouvement, le président Bourguiba décrète l’état d’urgence et fait appel à l’armée, placée sous la direction de Zine el-Abidine Ben Ali.
La répression est sanglante : 52 morts et plus de 365 blessés selon les chiffres officiels, bien davantage selon d’autres sources. Plus de 500 personnes sont condamnées, tandis que l’état d’urgence se prolonge pendant plusieurs semaines.

Un repère de l’histoire tunisienne

Le « Jeudi noir » reste la plus grande révolte populaire depuis l’indépendance et le premier soulèvement de cette ampleur sous Bourguiba. Souvent considéré comme le prélude aux émeutes du pain de 1984, il a profondément marqué la mémoire collective tunisienne et révélé la fragilité du pacte entre pouvoir et société.

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