Le complotisme anti-vaccins débarque en Tunisie

Par Amine Snoussi, essayiste politique et auteur de «la politique des idées» / «la génération des crises»

Le monde vaccine. Certains pays se rapprochent de la fin de la crise, (par ex 7% au Bahreïn) et plusieurs médias ont déjà titré  – “les effets secondaires des Vaccins”, “la réputation de Pfizer” et bien d’autres contenus riches en complotisme et en arguments simplistes avec un seul objectif: discréditer la vaccination juste pour obtenir plus de réactions.

 Sortir de la crise

Aucune autre solution n’existe, si ce n’est l’immunité collective – faisable en théorie, mais qui reviendrait à sacrifier une partie de la population. Ou alors perdurer dans ce système de masques obligatoires et de mesures barrières qui tuent la vie sociale mais aussi une grande partie de l’économie.

Sans une vaccination de la population Tunisienne, l’agriculture, le tourisme, le commerce, la restauration – tout cela restera sous la menace des clusters et de la propagation. Et n’oublions pas que la Covid reste un virus – c’est-à -dire qu’il est propice aux mutations comme ce qu’on a pu observé en Grande Bretagne avec une nouvelle souche plus dynamique et plus contagieuse. Si on laisse le virus s’installer, on s’expose à des évolutions plus létales.

Certains croient que le vaccin c’est l’inconnu, c’est plutôt l’inverse. Depuis Pasteur, les vaccins ont des effets secondaires que nous maîtrisons et que nous connaissons. L’inconnu, c’est le refus du vaccin. Car comment combattre une pandémie si ceux qui proposent des solutions sont soumis au complotisme? Si ce qui n’est pas une croyance, mais une science dont on fait usage régulièrement, en devient une? Ou nous avons des anti et des pro-vaccins?

Une politique vaccinale

Alors, la première étape d’une politique vaccinale, c’est de maximiser les doses et de raccourcir le temps d’attente. Chose qui n’a pas été faite par le Ministre de la Santé, Faouzi Mehdi, qui a dès le début des commandes à annoncé que notre lot de vaccins n’arrivera qu’entre Avril et Mai. Alors que le monde entier se vaccine et cherche des accords et des arrangements avec les institutions supranationales, les ONGs et les grandes puissances pour obtenir les vaccins, nous avons préféré l’attente. 

La deuxième étape est de communiquer autour du vaccin. Avoir une lueur d’espoir, un bout du tunnel pourrait permettre à la population de respecter beaucoup plus les gestes barrières et le protocole sanitaire. De plus, nous n’anticipons pas la capacité complotiste de plusieurs leaders d’opinions Tunisiens qui trouveront dans ces idées une facilité pour conquérir du buzz et de l’audimat.

Aucun spot publicitaire sur les chaînes nationales, aucune “propagande” d’Etat visant à imposer dans la pensée collective le vaccin comme une vérité intouchable.

Ensuite, c’est l’établissement et la mise en place des moyens nécessaires à une vaccination rapide et efficace en se fixant d’ores et déjà un plan de route: on peut penser à l’utilisation de l’armée mais aussi de la société civile et des nombreuses associations humanitaires qui l’enrichissent.

Si l’on veut venir à bout de cette pandémie, le sens de l’anticipation est nécessaire – surtout quand l’on parle de vaccination. Car le pire serait que la solution existe, et que nous n’ayons pas les moyens d’y arriver, ou plutôt qu’on ne se les ait pas donnés.