Environnement

Baie de Monastir : L’imposture de la « replantation » de la posidonie ou l’art de verdir l’agonie des herbiers

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Par Sami Mhenni

Alors que les rejets polluants étouffent la vie marine dans la baie de Monastir, des financements européens s’orientent vers des projets de restauration de la Posidonie. Un non-sens scientifique et financier qui sert de cache-misère à l’inaction politique.

Enquête sur un mirage écologique.

C’est un poumon millénaire qui s’éteint dans l’indifférence ou, pire, sous le flash des photographes de projets de « restauration ». En baie de Monastir, l’herbier de Posidonia oceanica, véritable sentinelle de la Méditerranée, recule chaque année.

Mais au lieu de fermer les vannes de la pollution, on nous propose de « replanter ». Une promesse séduisante, financée à coups de fonds internationaux (FFEM, WWF, CAR/ASP), qui relève pourtant du cynisme pur.

Planter dans un dépotoir : l’absurdité biologique Le constat des scientifiques est sans appel : la Posidonie ne meurt pas par hasard. Elle disparaît car l’eau est devenue trop trouble pour sa photosynthèse, empoisonnée par les rejets industriels, les eaux usées mal traitées et le chalutage illégal.

Vouloir replanter des faisceaux de posidonie dans une eau saturée de sédiments et de polluants revient à planter des fleurs dans un incendie. Si les conditions de survie ne sont pas rétablies — c’est-à-dire si la clarté de l’eau n’est pas retrouvée — aucune bouture, aussi coûteuse soit-elle, ne survivra. C’est une condamnation à mort programmée, payée par le contribuable.

Le business de la « compensation » : un permis de détruire

Pourquoi ce « mythe » de la restauration attire-t-il autant de financements ? Parce qu’il offre un récit confortable. Pour les décideurs fainéants, il est plus facile de financer une opération de plongée médiatique que de s’attaquer aux infrastructures d’assainissement défaillantes (ONAS) ou d’affronter les lobbies industriels.

C’est le règne du « Greenwashing » : on transforme une catastrophe écologique en une opportunité de projet « innovant ». En prétendant pouvoir « réparer » la nature ailleurs ou plus tard, on s’autorise à continuer de polluer ici et maintenant. Or, un herbier millénaire est un écosystème complexe qu’on ne remplace pas avec quelques pousses plantées à la main dans un laboratoire.

L’urgence de la protection passive La science nous dit pourtant quoi faire. Les rares succès de restauration (comme à Marseille ou en Sardaigne) ne sont survenus qu’après l’arrêt total des pressions anthropiques. La posidonie possède une résilience incroyable : si on lui rend une eau propre et qu’on stoppe l’ancrages anarchique des bateaux, elle recolonise seule son territoire. Gratuitement. Dans la baie de Monastir, l’argent de l’Europe et d’ailleurs, ne doit plus servir à alimenter des expériences de jardinage sous-marin sans lendemain.

Il doit financer :

– Le traitement des eaux : Moderniser les stations d’épuration pour que plus une goutte de poison ne finisse en mer.

– La protection physique : Installer des récifs et des zones de mouillage organisées.

– La surveillance : Donner aux associations locales les moyens de protéger l’existant plutôt que de pleurer sur le détruit.

Conclusion :

Ne nous laissons plus berner Citoyens, scientifiques et militants, nous devons refuser ces projets « alibis ». La restauration sans protection préalable est une fraude écologique. Exigeons que chaque millime investi serve à stopper la source du mal.

La mer n’a pas besoin de jardiniers, elle a besoin qu’on lui foute la paix.

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