Crédits Photo: ©Baha Ben Thabet / ROOTS TV 2026
Le Festival international de Carthage a accueilli, le 4 août, l’un des rendez-vous musicaux les plus raffinés de cette 60ᵉ édition avec le concert de l’orchestre italien Rondō Veneziano. Sous la direction de son fondateur, le maestro Gian Piero Reverberi, l’ensemble a offert au public une immersion dans l’univers du baroque, sublimée par le cadre majestueux du Théâtre antique de Carthage.

Créé en 1979 par le compositeur et chef d’orchestre Gian Piero Reverberi, Rondō Veneziano s’est imposé comme une référence internationale avec plusieurs dizaines de millions d’albums vendus à travers le monde. Son identité musicale repose sur une fusion originale entre l’esthétique baroque des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles et des arrangements contemporains. Inspiré par la Venise d’Antonio Vivaldi, haut lieu de la création artistique européenne, l’ensemble recrée, à travers sa musique et sa mise en scène, toute la magnificence de cette époque.

Dès leur entrée sur scène, les quelque trente musiciens ont suscité une longue ovation. Les musiciennes, vêtues de somptueux costumes d’époque — robes richement ornées, perruques sophistiquées et accessoires inspirés de la noblesse vénitienne — ont immédiatement transporté le public dans une autre époque. L’élégance visuelle du spectacle s’est harmonieusement mêlée à la finesse de l’interprétation musicale.

Le concert s’est ouvert avec « Stazione di Venezia » (1993), une composition énergique qui résume parfaitement la signature de Rondō Veneziano : un dialogue subtil entre les sonorités du baroque et une orchestration moderne. Les œuvres originales de Gian Piero Reverberi évoquent par moments l’esprit des concertos de Vivaldi, sans jamais perdre leur identité propre.
L’ambiance s’est ensuite faite plus intimiste avec « Magico Incontro », avant de laisser place à « Danza Mediterranea », introduite par un délicat solo de piano, puis à « San Marco », hommage à la célèbre place vénitienne. Les projections diffusées sur l’écran géant — canaux, palais et scènes du carnaval de Venise — prolongeaient cette invitation au voyage, renforçant l’immersion dans un univers où se mêlent élégance, émotion et raffinement.
Le maestro Gian Piero Reverberi a ensuite pris place au piano pour interpréter « Perle d’Oriente », une œuvre d’une grande sensibilité où la douceur du clavier dialogue avec les cordes et les percussions dans une montée progressive en intensité. L’orchestre a poursuivi avec « Rondò Veneziano », la composition éponyme de son premier album paru en 1980, avant d’enchaîner avec plusieurs pièces emblématiques de son répertoire, notamment « La Giudecca », « Casanova », « Sinfonia per un Addio », « Marco Polo » et « Misteriosa Venezia ».
Chaque morceau a été accueilli par de chaleureux applaudissements. À plusieurs reprises, le public a accompagné les musiciens par des battements de mains rythmés, créant une véritable communion entre la scène et les gradins.
Lors de la conférence de presse organisée après le concert, Gian Piero Reverberi est revenu sur la naissance de Rondō Veneziano. « À l’époque de la musique électronique et du disco, dans les années 1970, je voulais créer quelque chose de totalement différent. C’était ma manière de faire une révolution contre cette mode », a-t-il expliqué.
Le compositeur a également annoncé que cette représentation à Carthage constituait son dernier concert en tant que chef d’orchestre. Il transmettra désormais la direction musicale au pianiste qui l’accompagnait sur scène, tournant ainsi une page importante de l’histoire de l’ensemble qu’il a fondé il y a près d’un demi-siècle.
Avec cette soirée d’une rare élégance, Rondō Veneziano a rappelé que le Festival international de Carthage demeure un espace de rencontre entre les cultures et les esthétiques musicales les plus diverses. Au-delà des grands noms de la chanson populaire, cette programmation confirme la volonté du festival d’ouvrir sa scène aux formations d’exception et aux expériences artistiques singulières.
La 60ᵉ édition du Festival international de Carthage se poursuit jusqu’au 19 août avec une programmation qui promet encore de nombreux moments forts.




