Dans une nuit lourde pour la Tunisie, une vaste campagne sécuritaire aurait ciblé plusieurs militants ayant participé à la marche organisée samedi dernier à Tunis pour réclamer la libération des détenus de la Flottille de la Liberté.

Selon les informations qui circulent parmi les familles et les militants, plusieurs arrestations auraient eu lieu durant la nuit, dans des domiciles ou dans la rue. Le nombre exact de personnes interpellées reste incertain, alors que les opérations semblent se poursuivre.

Au-delà du nombre d’arrestations, c’est surtout la manière dont elles auraient été effectuées qui suscite l’inquiétude. Si des personnes ont effectivement été arrêtées à leur domicile durant la nuit, sans que leurs familles soient informées de leur lieu de détention ou sans qu’elles puissent exercer leurs droits légaux, la question du respect des procédures et des garanties fondamentales se pose avec une particulière gravité.
Une arrestation, quelles que soient les accusations ou les soupçons invoqués, ne peut devenir un instrument d’intimidation, de punition collective ou de représailles à l’encontre de personnes ayant participé à une mobilisation pacifique.
Si ces interpellations sont effectivement liées à la marche organisée en soutien à Wael Naouar et aux détenus de la Flottille de la Liberté, une question essentielle se pose : la participation à une manifestation pacifique et l’expression d’une position de solidarité sont-elles désormais susceptibles de conduire en prison ?
Derrière chaque nom qui circule se trouve une personne, une famille, des proches, une histoire et des droits. Ces jeunes ne sont pas de simples numéros dans un procès-verbal. Ils sont des citoyens qui ont choisi de participer à la vie publique, d’exprimer leurs convictions et de manifester leur solidarité avec des personnes détenues et avec une cause qu’ils considèrent comme juste.

Ils auraient pu choisir le silence. Ils ont choisi de descendre dans la rue.
Ils ont choisi de défendre des prisonniers qu’ils ne connaissent pas nécessairement personnellement, parce qu’ils considèrent que leur situation dépasse les individus et renvoie à des principes plus larges : la liberté, la justice, la dignité, le droit de manifester et le droit d’exprimer sa solidarité avec le peuple palestinien.
C’est précisément là que réside la gravité de la situation. Lorsque des jeunes peuvent être inquiétés pour avoir manifesté pacifiquement, exprimé une opinion ou défendu une cause, ce n’est pas seulement leur liberté individuelle qui est en jeu : c’est l’espace public lui-même qui se rétrécit.
La Tunisie a connu, avant comme après la révolution, plusieurs générations de citoyens engagés dans les combats pour la liberté, la dignité, la justice sociale et contre toutes les formes d’injustice. Les générations changent, les contextes évoluent, les slogans aussi. Mais une constante demeure : certains citoyens refusent de considérer le silence comme le prix à payer pour leur sécurité.

On ne peut pas répondre au désaccord politique ou à la contestation sociale par une logique d’arrestations collectives. Les prisons n’effacent pas les idées, les poursuites ne font pas disparaître les revendications et la peur ne construit pas une stabilité durable.
Au contraire, lorsque la force est utilisée pour éloigner les jeunes de l’espace public, elle risque de creuser davantage la distance entre la société et ses institutions et de transformer une question politique ou juridique en une question de dignité collective.
La priorité doit aujourd’hui être claire : toute arrestation doit s’effectuer dans le strict respect de la loi et des procédures. Toute personne interpellée doit connaître les raisons de son arrestation et pouvoir exercer les droits que lui garantit la loi, notamment contacter sa famille et son avocat et bénéficier d’un traitement respectueux de sa dignité.
Il est également essentiel que les informations concernant les personnes arrêtées soient vérifiées et que leurs familles puissent connaître leur lieu de détention et leur situation juridique. Dans une période aussi sensible, la transparence est indispensable pour éviter les rumeurs, l’intimidation et la peur.
La Tunisie n’a pas besoin de davantage de prisons pour répondre à la voix de sa jeunesse. Elle a besoin d’institutions qui font confiance au droit, d’un État qui respecte ses citoyens et d’un espace public capable d’accueillir le désaccord, la contestation et la solidarité.
La force d’un pays ne se mesure pas au nombre de personnes qu’il est capable d’arrêter, mais à sa capacité à garantir à ses citoyens le droit de penser, de s’exprimer, de manifester et de participer à la vie publique.
La solidarité avec les personnes interpellées et leurs familles. La solidarité avec les détenus de la Flottille de la Liberté. Et la solidarité avec toutes celles et ceux qui choisissent de faire entendre leur voix pour la liberté, la justice et la dignité.
Ce qui est demandé aujourd’hui est simple : que toute la lumière soit faite sur ces arrestations, que la sécurité et l’intégrité des personnes détenues soient garanties, que leurs droits soient respectés et que nul ne soit poursuivi pour le seul exercice pacifique de ses libertés fondamentales.
Non à la criminalisation de la solidarité.
Non à la transformation de la manifestation pacifique en crime.
La liberté d’expression et le droit de manifester ne doivent pas devenir des portes d’entrée vers les cellules.
Crédits Photos: 2026 © Hassan MRAD / ROOTS TV




