Environnement

Aux îles Kuriat, une tortue sauvée des filets raconte les défis du tourisme durable en Méditerranée

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Retrouvée blessée par un pêcheur durant l’été 2026, soignée au Centre de protection et de soin des tortues marines de Monastir, puis relâchée en mer à la fin du mois de septembre, une jeune tortue caouanne illustre les enjeux de la préservation de la biodiversité marine sur le littoral tunisien.

Au large de Monastir, aux îles Kuriat, une jeune tortue marine a échappé cet été à une issue qui aurait pu lui être fatale. Prise dans des filets de pêche, elle a été découverte par un pêcheur avec une blessure au cou. Alertée, l’association Notre Grand Bleu est intervenue pour la secourir et la transporter vers une structure spécialisée.

Après avoir reçu les soins nécessaires au Centre de protection et de soin des tortues marines de Monastir, l’animal a retrouvé la mer à la fin du mois de septembre 2026. Une issue heureuse qui rappelle combien la vigilance des acteurs de terrain et la mobilisation des structures spécialisées peuvent compter pour la faune marine.

Cette histoire a été abordée lors d’une visite de terrain organisée dans le cadre d’un atelier sur le tourisme durable en Méditerranée, mis en œuvre par l’association Africa 21. À travers ce cas concret, la visite a permis d’illustrer les liens entre activités humaines, protection des écosystèmes côtiers et préservation de la biodiversité.

 Une jeune caouanne face aux dangers de la mer

La tortue secourue appartient à l’espèce *Caretta caretta*, communément appelée tortue caouanne. Sa carapace mesure 47 centimètres de longueur. Selon les informations communiquées sur cet individu, elle n’avait pas encore atteint le stade adulte.

Présente en Méditerranée, cette espèce peut dépasser un mètre de longueur et atteindre environ 100 kilogrammes. Sa maturité sexuelle est tardive, généralement atteinte après plusieurs décennies, même si cet âge varie selon les populations.

Une femelle peut pondre autour d’une centaine d’œufs dans un nid, mais seule une partie des jeunes atteindra l’âge adulte. Entre les dangers naturels et les pressions liées aux activités humaines, leur survie dépend de nombreux facteurs, notamment de la qualité des habitats et de la réduction des risques auxquels elles sont exposées en mer.

Cette croissance lente donne une importance particulière à la protection des individus. La disparition d’une tortue avant qu’elle n’atteigne la maturité peut représenter une perte pour une espèce dont le renouvellement des populations s’inscrit dans le temps long.

Les filets de pêche, un risque pour la faune marine

Dans le cas de la jeune caouanne retrouvée aux îles Kuriat, les circonstances du sauvetage sont établies : elle a été découverte prisonnière de filets de pêche et présentait une blessure au cou. En l’absence d’informations médicales complémentaires, il n’est toutefois pas possible de préciser l’origine exacte ni la gravité de cette blessure.

Les captures accidentelles dans les engins de pêche constituent une menace importante pour les tortues marines. Selon le type d’engin et les circonstances, un animal piégé peut subir des blessures, s’épuiser ou se noyer s’il ne parvient pas à remonter à la surface pour respirer.

La prévention de ces captures passe notamment par la sensibilisation des professionnels de la pêche, le signalement rapide des animaux en difficulté et la coopération entre pêcheurs, associations et structures scientifiques.

Dans cette histoire, le pêcheur qui a découvert la tortue a joué un rôle déterminant : sa vigilance a permis d’engager la chaîne de secours et d’offrir à l’animal une possibilité de retrouver son milieu naturel.

À Monastir, une structure spécialisée dans les soins

Après son sauvetage, la tortue a été transportée au Centre de protection et de soin des tortues marines de Monastir. Créée en 2004 et gérée par l’Institut national des sciences et technologies de la mer (INSTM), cette structure assure la prise en charge des tortues marines nécessitant des soins.

Le suivi d’un animal blessé suppose une évaluation de son état et des soins adaptés avant d’envisager son retour dans le milieu naturel. Pour cette jeune caouanne, cette étape a précédé le relâcher intervenu à la fin du mois de septembre.

Son parcours met en évidence la complémentarité entre les acteurs mobilisés : le pêcheur qui découvre l’animal, l’association qui participe au sauvetage et la structure spécialisée qui assure sa prise en charge. Mais le sauvetage individuel ne remplace pas les actions de prévention nécessaires pour réduire les risques en amont.

 « La règle des trois 100 »

Au moment du relâcher, un membre de l’association Notre Grand Bleu a rappelé certaines caractéristiques de l’espèce : « Aujourd’hui, nous allons relâcher cette tortue en mer après avoir été soignée. Cette espèce est connue par la règle des trois 100 : elle peut vivre jusqu’à 100 ans, peser jusqu’à 100 kilogrammes et pondre jusqu’à 100 œufs par nid », expliquait-il.

Cette formule, utilisée pour sensibiliser le public, permet de retenir quelques ordres de grandeur associés à la tortue caouanne. Elle doit toutefois être considérée comme un repère pédagogique plutôt que comme une règle biologique absolue : le nombre d’œufs varie d’une ponte à l’autre et la longévité exacte des tortues marines reste difficile à établir.

Au-delà de ces chiffres, le parcours de la jeune tortue rappelle la vulnérabilité d’une espèce dont la croissance s’étend sur de nombreuses années et dont la survie dépend aussi des conditions rencontrées dans son environnement.

 Tourisme durable : préserver aussi ce qui ne se voit pas

Les îles Kuriat s’inscrivent dans un environnement côtier important pour la biodiversité tunisienne. La préservation de ce patrimoine ne concerne pas uniquement les paysages et les plages qui attirent les visiteurs. Elle suppose également de protéger les espèces et les habitats qui contribuent à la richesse écologique de la région.

C’est là que le lien entre tourisme et environnement prend tout son sens. Le tourisme durable ne peut se limiter à la valorisation des destinations ou à la réduction des nuisances à l’intérieur des établissements touristiques. Il doit également tenir compte des effets des activités humaines sur les écosystèmes côtiers et marins.

La protection des tortues caouannes implique notamment de préserver les sites de ponte, de réduire les déchets marins et de prévenir les captures accidentelles. Elle nécessite une coopération entre les professionnels de la mer, les associations, les scientifiques, les autorités et les acteurs du tourisme.

La visite de terrain organisée dans le cadre de l’atelier d’Africa 21 a permis d’aborder ces enjeux à partir d’une situation concrète. Le sauvetage de cette tortue rappelle que la préservation du patrimoine naturel méditerranéen ne peut reposer sur un seul acteur : elle dépend d’une mobilisation collective et d’actions capables de réduire durablement les pressions sur les milieux naturels.

À la fin du mois de septembre, la jeune caouanne a retrouvé la mer après avoir échappé aux filets et bénéficié de soins. Son histoire connaît une issue heureuse. Elle rappelle toutefois que protéger les tortues marines ne consiste pas seulement à intervenir lorsqu’elles sont blessées, mais aussi à préserver les conditions qui leur permettent de vivre et de se reproduire dans leur milieu naturel.

Photos: ©2026 Association NOTRE GRAND BLEU & Sarah Ben Omrane / ROOTS TV

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