Comment concilier la fréquentation touristique des espaces côtiers avec la préservation de leurs écosystèmes ? Au large de Monastir, les îles Kuriat illustrent les enjeux de cette recherche d’équilibre. Parmi les menaces qui pèsent sur les fonds marins figure l’ancrage des bateaux, susceptible d’endommager les herbiers de posidonie, essentiels à la biodiversité méditerranéenne. Pour limiter ces dégradations, l’association Notre Grand Bleu a mis en place des mouillages écologiques, une initiative présentée lors d’une visite de terrain organisée fin septembre 2026 dans le cadre de l’atelier « Tourisme durable en Méditerranée », organisé par l’association Africa 21.

Au cours de cette visite, Chargé de surveillance environnementale Notre Grand Bleu Seifeddine Triki a expliqué que l’association avait installé des dispositifs de mouillage écologique en remplacement de l’ancrage classique dans les zones concernées. Il a notamment souligné les dommages que les ancres peuvent provoquer sur les fonds marins, en particulier lorsqu’elles arrachent la végétation sous-marine et perturbent des habitats fragiles.

Le principe de ces dispositifs est de permettre aux embarcations de s’amarrer à des points prévus à cet effet, plutôt que de jeter systématiquement leur ancre sur le fond. Correctement installés et utilisés, ils contribuent ainsi à réduire les perturbations mécaniques sur les zones sensibles. Une solution concrète qui illustre la manière dont l’aménagement des activités nautiques peut participer à la protection du patrimoine marin.
La posidonie, un pilier de la biodiversité méditerranéenne
Au cœur de cet enjeu se trouvent les herbiers de posidonie (*Posidonia oceanica*), une plante marine endémique de la Méditerranée souvent confondue avec une algue. Ces herbiers constituent des écosystèmes d’une grande richesse : ils offrent abri et zones de reproduction à de nombreuses espèces, contribuent à l’oxygénation du milieu marin et participent au stockage du carbone.

Leur rôle ne se limite pas à la biodiversité. Les herbiers de posidonie contribuent également à atténuer l’énergie des vagues et à limiter l’érosion côtière. Leur préservation représente donc un enjeu écologique majeur pour les littoraux méditerranéens.
Pourtant, ces habitats sont vulnérables aux perturbations liées aux activités humaines. Lorsqu’une ancre tombe sur un herbier, elle peut arracher les feuilles et endommager les rhizomes qui maintiennent la plante dans les sédiments. Les chaînes et les mouvements répétés des embarcations peuvent également accentuer les dégradations. Or, la croissance lente de la posidonie rend la reconstitution des zones endommagées particulièrement longue.

Dans les secteurs fréquentés par les plaisanciers et les bateaux d’excursion, la gestion des mouillages constitue ainsi un levier de prévention. L’utilisation de dispositifs adaptés peut contribuer à réduire la pression sur ces écosystèmes, à condition que leur implantation tienne compte de la sensibilité des fonds marins.
Faire du tourisme un allié de la conservation
Fondée en 2012, l’association Notre Grand Bleu s’inscrit dans une démarche de protection du patrimoine marin et de sensibilisation aux enjeux environnementaux du littoral tunisien. L’initiative présentée aux îles Kuriat rappelle que la préservation des milieux naturels ne repose pas uniquement sur la sensibilisation : elle nécessite également des solutions pratiques, adaptées aux usages du territoire.
Cette démarche fait écho aux objectifs du tourisme durable en Méditerranée, qui cherche à concilier les retombées économiques des activités touristiques avec la conservation des ressources naturelles. Les paysages côtiers, les eaux limpides et la richesse de la vie marine constituent des atouts pour les destinations touristiques. Leur dégradation risque, à terme, de compromettre ce qui fait précisément leur attractivité.
Toutefois, l’installation de mouillages écologiques ne suffit pas, à elle seule, à garantir la protection des fonds marins. Leur efficacité dépend notamment de leur conception, de leur emplacement, de leur entretien et du respect des consignes d’amarrage par les usagers. Elle doit aussi s’inscrire dans une gestion cohérente des zones sensibles et s’accompagner d’actions de sensibilisation auprès des professionnels du tourisme et des plaisanciers.
Organisé fin septembre 2026 par l’association Africa 21, l’atelier « Tourisme durable en Méditerranée » a ainsi permis d’aborder ces défis à travers une visite de terrain aux îles Kuriat. La présentation de cette initiative par Notre Grand Bleu a mis en lumière l’importance des solutions locales pour limiter l’impact des activités nautiques sur les écosystèmes marins. Aux îles Kuriat, la préservation des fonds marins apparaît donc comme une condition essentielle d’un tourisme véritablement durable. En encourageant des pratiques d’amarrage moins dommageables, les mouillages écologiques offrent une piste pour mieux concilier découverte du littoral et conservation de la biodiversité. Un équilibre indispensable pour que les générations futures puissent, elles aussi, profiter de la richesse naturelle de la Méditerranée.




