Ce qui ressemblait au départ à une spectaculaire bataille familiale autour de la garde de deux enfants vient de prendre une dimension beaucoup plus grave en Allemagne.

Christina Block, héritière de l’empire de restauration Block House, est depuis plusieurs années au cœur d’un conflit judiciaire avec son ex-mari Stephan Hensel. Les deux plus jeunes enfants du couple vivaient avec leur père au Danemark depuis 2021.
Dans la nuit du 31 décembre 2023 au 1er janvier 2024, plusieurs hommes masqués ont attaqué le père à Gråsten, dans le sud du Danemark, avant d’emmener de force les deux enfants, alors âgés de 10 et 13 ans, vers l’Allemagne. Ils sont réapparus deux jours plus tard au domicile de Christina Block à Hambourg.
La justice allemande accuse aujourd’hui Christina Block et son compagnon, l’ancien présentateur sportif Gerhard Delling, d’avoir été impliqués dans cette opération. Tous deux contestent les accusations. Le procès se poursuit à Hambourg et la présomption d’innocence demeure.
L’affaire prend une autre dimension avec le rôle présumé de la société de sécurité israélienne Cyber Cupula, dont certains membres sont présentés dans le dossier comme d’anciens agents des services de renseignement israéliens. La société et ses responsables sont accusés d’avoir participé à la préparation et à l’exécution de l’opération. Christina Block affirme, elle, avoir fait appel à cette société initialement pour des questions de cybersécurité et nie avoir commandité l’enlèvement.
Mais c’est précisément en enquêtant sur cette affaire que les autorités allemandes auraient découvert quelque chose de beaucoup plus explosif.
En septembre 2025, une perquisition chez l’ancien patron du Bundesnachrichtendienst, le BND, August Hanning, avait été menée dans le cadre de l’enquête sur l’affaire Block. Les enquêteurs y auraient découvert des éléments numériques contenant des documents classifiés du renseignement allemand.
Et ce mardi 6 octobre 2026, le parquet fédéral allemand a franchi un nouveau cap : August Hanning, qui a dirigé le BND de 1998 à 2005, a été arrêté. Son ancien chef de cabinet, Manfred D., a également été interpellé.
Selon les informations publiées aujourd’hui, Manfred D. aurait fourni à Hanning environ 2 000 documents confidentiels, parmi lesquels des analyses du BND, des informations provenant de services partenaires étrangers et des documents concernant notamment la Russie et le programme nucléaire iranien. Hanning est soupçonné d’avoir utilisé ces informations pour produire des analyses destinées à un service de renseignement étranger et d’avoir transmis des informations à d’autres acteurs étrangers.
Le plus vertigineux est peut-être l’origine de cette enquête : une affaire privée, une bataille pour la garde d’enfants et une opération présumée d’enlèvement ont contribué à mettre les enquêteurs sur la piste d’un possible scandale au cœur même de l’appareil de renseignement allemand.
Pour l’instant, une question essentielle reste sans réponse : pour quel service étranger ces informations auraient-elles été collectées ou transmises ? Les autorités allemandes n’ont pas officiellement identifié le ou les pays concernés. Les spéculations vont déjà bon train, mais il serait prématuré de désigner un État sans éléments judiciaires établis.
L’affaire est donc loin d’être terminée.
Ce qui devait être une histoire de famille est devenu une enquête sur la sécurité de l’État allemand, avec au centre un ancien patron du renseignement extérieur, des milliers de documents classifiés et une chaîne de connexions qui relie désormais une bataille pour la garde d’enfants à l’un des plus importants services secrets européens.
Une affaire hors norme où, pour une fois, la réalité dépasse largement la fiction.




