La circulaire de 1981 refait surface à chaque Ramadan, ravivant un débat qui ne s’éteint jamais : celui du respect des libertés individuelles dans l’espace public.
Le mois de Ramadan est, sans conteste, un moment spirituel majeur pour une grande partie des Tunisiens. Le jeûne constitue l’un des cinq piliers de l’islam et occupe une place centrale dans la vie religieuse et sociale. Mais faut-il pour autant que cette dimension religieuse se transforme en contrainte administrative imposée à tous ?
L’argument souvent avancé est le suivant : ouvrir les cafés sans restriction pourrait être perçu comme une provocation envers les jeûneurs. Or, une société mature ne devrait-elle pas pouvoir distinguer entre respect et imposition ? La liberté de pratiquer un rite religieux ne devrait pas se transformer en obligation collective, encore moins en justification d’une restriction généralisée.

Ce lundi 2 mars, le salon de thé Le Mabillon, situé à Menzah 9, en a fait les frais. Selon un post publié par son manager, Anis Bédoui, des agents du poste d’El Manar ont fait irruption dans l’établissement, confisquant les manettes de la machine à café et ordonnant l’évacuation des clients, au motif que seuls les cafés dits « touristiques » seraient autorisés à ouvrir pendant la journée.
Au-delà du cas particulier, la question est simple : sur quel fondement juridique repose cette distinction ? Et surtout, peut-on, dans un État qui se veut fondé sur le droit et la Constitution, restreindre l’activité économique et la liberté de choix de citoyens majeurs au nom d’une pratique religieuse, aussi majoritaire soit-elle ?
Le respect du Ramadan ne devrait pas signifier la surveillance des consciences.
Un jeûne librement consenti a plus de valeur qu’un jeûne imposé par pression sociale ou administrative.
Fermer les cafés ne renforce pas la foi ; cela alimente plutôt une confusion entre spiritualité et autorité.
Et chaque année, la même question revient : protège-t-on la religion… ou fragilise-t-on les libertés ?




