Les images de l’infamie et de la barbarie quotidienne. Ces dernières heures, des vidéos d’une violence insoutenable ont inondé les réseaux sociaux, soulevant une vague d’indignation légitime au sein de l’opinion publique tunisienne.
Ici, on voit une femme tunisienne s’en prendre à une jeune mère subsaharienne, assise par terre avec son bébé pour mendier, la chassant sans ménagement et lui intimant l’ordre de déguerpir et de quitter Hammam-Lif. Là, un homme filme sa propre lâcheté en agressant verbalement deux femmes portant leurs nourrissons, les submergeant de propos humiliants et déshumanisants. Plus terrifiant encore : les images de l’intrusion d’une meute d’individus armés de gourdins dans le domicile de migrants subsahariens, terrorisant une femme paniquée au milieu de insinuations abjectes de viol.
Ces actes barbares, indignes et révoltants ne sont pas des incidents isolés. Ils sont le résultat direct d’un poison distillé depuis plus de deux ans, nourri par des discours de haine où l’abjection n’a plus de limites. Des journalistes s’autorisent en direct à la télévision à évoquer la « stérilisation » des femmes migrantes, tandis qu’un pseudo-poète appelle ouvertement sur les réseaux sociaux à empoisonner ces femmes et leurs enfants. Le plus alarmant ? Cette surenchère fascisante et criminelle se déroule dans une impunité totale, sous le regard passif et sans aucune intervention des autorités.
Quand le débat public devient un permis de haïr
Aujourd’hui, le débat sur la migration irrégulière est totalement gangrené par des discours alarmistes et des généralisations nauséabondes. Ce climat toxique ne fait rien d’autre que banaliser le racisme et armer le bras de ceux qui bafouent les droits humains les plus élémentaires. Les migrants subsahariens — piégés en Tunisie bien malgré eux — sont jetés en pâture. Ils subissent de plein fouet les violences verbales, les chasses à l’homme, l’exploitation économique féroce et les discriminations systémiques.
La misère n’excuse pas la barbarie. Oui, la Tunisie traverse des crises majeures : chômage endémique, effondrement économique, pression étouffante sur les services publics. Ce sont des réalités. Mais instrumentaliser la détresse des Tunisiens pour justifier des atteintes à la dignité humaine est une ligne rouge absolue. Débattre de souveraineté et de gestion des frontières est une chose ; humilier, traquer et appeler au meurtre de femmes et d’enfants en raison de leur couleur de peau en est une autre.
Guerre ouverte contre les défenseurs des Droits Humains
Cette dérive fascisante ne cible pas que les exilés : elle frappe de plein fouet celles et ceux qui refusent de fermer les yeux. Les militants antiracistes sont aujourd’hui harcelés, calomniés et jetés en pâture aux meutes numériques. C’est le cas emblématique de Saadia Mosbah, présidente de l’association antiraciste Mnemty, devenue la cible privilégiée de ce climat de haine et de polarisation extrême.
Chez ROOTS TV, nous connaissons trop bien le prix de la vérité. Pour avoir dénoncé sans relâche ces agissements révoltants, pour avoir refusé de nous plier à la terreur intellectuelle, notre média indépendant est régulièrement la cible d’insultes racistes et de vagues de haine. Mais qu’on se le dise : nous ne nous tairons pas. Les intimidations ne feront que renforcer notre détermination à condamner fermement ces dérives et à documenter la réalité, quoi qu’il en coûte.
Résister pour sauver notre humanité
Il y a urgence. Gérer les flux migratoires et éradiquer le racisme ne sont pas des objectifs contradictoires. Une société qui se prétend démocratique doit être capable de relever ses défis économiques et sécuritaires sans piétiner la dignité d’autrui.
La Tunisie s’est longtemps forgé une histoire d’ouverture, de solidarité et de coexistence. Les scènes de lynchage actuelles, l’impunité des appels au meurtre et les discours de haine qui les alimentent sont une tache indélébile sur notre image et un poison pour notre cohésion sociale. Plus que jamais, nous devons refuser les amalgames, faire bloc contre la violence et exiger une approche fondée sur la justice, la responsabilité et le respect absolu de la personne humaine.
Le silence est une complicité. Face à la barbarie, ROOTS TV choisit la résistance.




