Freedom of Speech Human Rights

Tunisie : la condamnation de Haythem El Mekki confirme la poursuite de la répression contre les voix critiques

Spread the love

Le journaliste et chroniqueur tunisien Haythem El Mekki, connu pour ses analyses politiques et ses critiques du pouvoir, a annoncé avoir été condamné à un an de prison en appel, dans une affaire liée à des publications sur les réseaux sociaux.

L’affaire trouve son origine dans une enquête ouverte en 2024 à la suite d’une publication concernant l’état de la morgue de l’hôpital de Sfax. Après avoir bénéficié d’un non-lieu en première instance, Haythem El Mekki a finalement été condamné en appel sur la base de l’article 86 du Code des télécommunications, qui prévoit des peines d’emprisonnement pour des communications considérées comme portant atteinte à autrui via les réseaux publics.

Sur sa page Facebook, le chroniqueur a réagi avec amertume : « Ce n’est pas grave, Tunisie. Tu as toujours été une grande prison, même si parfois tu offres une soupape. »

Cette condamnation intervient dans un contexte de multiplication des poursuites visant des journalistes, des chroniqueurs, des avocats, des militants et des opposants politiques. Depuis plusieurs années, les organisations de défense des droits humains, ainsi que le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), dénoncent une utilisation croissante des textes répressifs pour réduire au silence les voix critiques et installer un climat de peur et d’autocensure.

Le SNJT a d’ailleurs exprimé sa profonde inquiétude face à cette nouvelle condamnation, estimant qu’elle contribue à instaurer un climat d’intimidation et d’autocensure au sein de la profession.

Cette décision de justice constitue une nouvelle atteinte à la liberté d’expression, longtemps considérée comme l’un des principaux acquis de la révolution tunisienne de 2011.

Elle rappelle également que plusieurs journalistes demeurent toujours privés de leur liberté. À ce jour, Mourad Zeghidi, Borhene Bsaies et Zied El Heni restent emprisonnés dans des affaires largement dénoncées par les organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse.

Chaque nouvelle condamnation d’un journaliste renforce un peu plus les inquiétudes quant à l’avenir de la liberté de la presse en Tunisie. Une société démocratique ne peut se construire dans un climat où le journalisme critique est assimilé à une infraction pénale. Les poursuites et les peines de prison contre des professionnels des médias ne font qu’affaiblir le droit des citoyens à une information libre, pluraliste et indépendante.

La solidarité avec Haythem El Mekki est aujourd’hui aussi une solidarité avec tous les journalistes tunisiens poursuivis, intimidés ou emprisonnés pour avoir exercé leur métier.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *