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Tunisie : dérive raciste, discours dangereux et instrumentalisation de la question migratoire – Vidéo

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La situation en Tunisie autour de la question migratoire connaît une escalade préoccupante, marquée par une banalisation croissante des discours racistes et des appels à la violence.

Ces derniers jours, certains propos publics ont franchi un seuil extrêmement grave. Lors d’une séance parlementaire, le député Tarek El Mahdi a tenu des propos choquants, suggérant qu’il serait “impensable” pour des Tunisiens de violer des femmes africaines, avançant des arguments teintés de stéréotypes et de hiérarchisation raciale. Une déclaration qui, au-delà de sa forme, a été largement perçue comme une banalisation, voire une justification implicite de la violence sexuelle lorsqu’elle vise des migrantes subsahariennes.

Face à cela, le député Thabet El Abed, président de la Commission des droits et libertés, a réagi fermement. Il a dénoncé des propos qui ne relèvent ni de la liberté d’expression ni du débat politique, mais d’un discours dangereux qui banalise implicitement le viol et légitime une forme de discrimination raciale. Dans une prise de position claire, il a rappelé que justifier ou minimiser le viol constitue une atteinte grave aux principes de l’État de droit, et participe à une culture de l’impunité.

Il a également insisté sur un principe fondamental : la dignité humaine est indivisible. Aucune distinction de couleur, d’origine ou de statut social ne peut justifier une hiérarchisation des victimes ni relativiser la gravité des violences. Il a appelé à une position claire et responsable au sein du Parlement, affirmant que l’institution législative doit être un rempart pour la dignité humaine, et non un espace de banalisation de la violence ou du discours raciste. Il a enfin souligné que ce type de dérapage porte atteinte à l’image même du Parlement et à la crédibilité du travail législatif.

Ces dérives discursives ne sont pas isolées. Elles s’inscrivent dans un contexte plus large, où la question migratoire est de plus en plus instrumentalisée. Depuis plusieurs mois, une campagne mêlant discours politiques, sécuritaires et médiatiques alimente les tensions entre populations locales et migrants, notamment dans des régions comme Jebniana et El Amra. Cette dynamique contribue à créer des boucs émissaires, tout en détournant l’attention des difficultés réelles dans la gestion du dossier migratoire.

Dans le même temps, la Tunisie se retrouve de facto dans une position de sous-traitant des politiques migratoires européennes. Sous l’influence notamment du gouvernement de Giorgia Meloni, le pays est progressivement transformé en zone de rétention, où les migrants vivent dans des conditions souvent dénoncées comme indignes.

Cette réalité contraste fortement avec un autre fait souvent passé sous silence : le rôle essentiel que jouent ces migrants dans plusieurs secteurs économiques. Agriculture, bâtiment, services — leur main-d’œuvre reste indispensable, y compris dans des activités clés comme les récoltes agricoles, tout en étant socialement rejetée.

Plus préoccupant encore, le racisme tend à se normaliser dans le débat public, parfois même présenté comme une posture patriotique. En parallèle, les voix qui dénoncent ces dérives sont régulièrement accusées de “trahison” ou de “collaboration”, dans un climat de polarisation croissante.

Au-delà des discours, c’est une dynamique globale qui se dessine : division sociale, instrumentalisation politique et externalisation des frontières européennes, au détriment des valeurs humaines fondamentales.

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