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Tunisie : la condamnation de Saadia Mosbah relance les inquiétudes sur l’état des libertés – Vidéo

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La militante antiraciste tunisienne Saadia Mosbah a vu sa condamnation à huit ans de prison confirmée mardi 23 juin 2026 par la justice tunisienne, à l’issue d’un nouveau procès portant sur des accusations de blanchiment d’argent et d’enrichissement illicite. Son fils Fares Mosbah ainsi que plusieurs membres de l’association Mnemty (« Mon rêve ») ont également été poursuivis dans cette affaire.

Figure emblématique de la lutte contre le racisme en Tunisie, Saadia Mosbah est connue pour son rôle déterminant dans l’adoption, en 2018, de la première loi du Maghreb criminalisant les discriminations raciales. Depuis plusieurs années, elle s’est également engagée dans la défense des personnes migrantes originaires d’Afrique subsaharienne vivant en Tunisie.

À la veille du procès, Amnesty International a dénoncé des « accusations infondées » et estimé que cette affaire constitue « une nouvelle illustration de l’utilisation de la justice pénale pour réduire au silence la société civile ». L’organisation a également exprimé son inquiétude face aux informations faisant état d’actes de racisme, de violences physiques et de mauvais traitements subis par la militante en détention.

Des représentants de l’Union européenne, des Nations unies ainsi que des diplomates allemands, français et belges ont assisté à l’audience, témoignant de l’attention internationale portée à cette affaire.

Pour les avocats de la défense, le dossier s’inscrit dans un contexte marqué par la montée des discours de haine visant les migrants et celles et ceux qui leur apportent assistance. Ils rappellent que Saadia Mosbah a été l’une des principales voix à dénoncer les conséquences du discours prononcé en février 2023 par le président Kaïs Saïed contre les migrants subsahariens, discours qui avait déclenché une vague de violences, d’expulsions et de discriminations à travers le pays.

Selon Amnesty International, la condamnation de Saadia Mosbah est intervenue dans un climat marqué par une campagne de dénigrement raciste coordonnée sur les réseaux sociaux. Ses avocats affirment que la militante avait elle-même alerté dès 2024 sur le harcèlement dont elle faisait l’objet avant l’ouverture de l’enquête qui a conduit à son arrestation.

Cette décision judiciaire intervient dans un contexte de rétrécissement continu de l’espace civique en Tunisie. Depuis la concentration des pouvoirs entre les mains du président Kaïs Saïed en 2021, de nombreuses organisations tunisiennes et internationales dénoncent une détérioration des libertés publiques, marquée par la multiplication des poursuites visant des opposants politiques, des journalistes, des avocats, des syndicalistes et des défenseurs des droits humains.

Pour de nombreux observateurs, l’affaire Saadia Mosbah dépasse désormais le cadre judiciaire. Elle est devenue un symbole des tensions qui traversent aujourd’hui la Tunisie autour des questions de liberté d’expression, de lutte contre le racisme, de solidarité avec les migrants et d’indépendance de la justice.

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