Human Rights

Liban : l’abolition de la peine de mort, une victoire pour le droit à la vie – Vidéo exclusive avec l’avocat Libanais Me Rafic Zakharia

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Après plus de deux décennies sans exécution, le Liban franchit une étape historique en abolissant légalement la peine de mort. Une victoire pour les défenseurs des droits humains, fruit de plusieurs décennies de mobilisation de la société civile. Pour ROOTS TV, cette décision doit aussi ouvrir un débat essentiel dans le monde arabe : jusqu’à quand la justice peut-elle encore condamner à mort ?

Le 11 août 2026, le Parlement libanais a adopté une loi abolissant la peine de mort pour tous les crimes et la remplaçant par la réclusion à perpétuité assortie de travaux forcés.

Cette décision constitue une avancée majeure pour les droits humains au Liban. Elle met fin à une situation paradoxale qui durait depuis plus de vingt-deux ans : le pays n’avait procédé à aucune exécution depuis le 17 janvier 2004, mais la peine capitale continuait d’exister dans la législation.

La nouvelle loi doit encore être transmise au président de la République pour signature, puis publiée au Journal officiel avant son entrée en vigueur.

Une bataille de près de trente ans

Cette abolition est le résultat d’une longue mobilisation de la société civile libanaise.

Dès 1997, le penseur non violent Walid Slaïbi, avec la militante et chercheuse Ogarit Younan, avait lancé une campagne nationale en faveur de l’abolition de la peine de mort.

En octobre 2025, l’Association libanaise pour les droits civils a présenté au Parlement une proposition de loi visant à abolir définitivement la peine capitale. Le texte, signé par sept députés issus de différentes formations politiques, a ensuite franchi progressivement les différentes étapes du processus législatif.

Le gouvernement libanais avait donné un avis favorable au projet en novembre 2025. La Commission parlementaire des droits de l’homme l’a approuvé en février 2026, avant son examen par d’autres commissions parlementaires au cours des mois suivants.

Le 11 août, le Parlement a finalement adopté le texte en séance plénière.

Selon les données communiquées par le ministère libanais de la Justice, 85 personnes étaient encore sous le coup d’une condamnation à mort à la fin janvier 2026. L’abolition pose donc désormais la question essentielle de la commutation de ces condamnations.

Une victoire, malgré les divisions politiques

L’adoption du texte n’a pas fait l’unanimité au Parlement.

Des députés du Hezbollah et du Courant patriotique libre se sont opposés au texte et ont quitté la séance. Le Hezbollah a notamment estimé que l’abolition de la peine capitale, combinée à l’éventuelle adoption d’une loi d’amnistie, pourrait entraîner une réduction importante des peines de certains condamnés.

Au-delà de ces controverses politiques et judiciaires, une question fondamentale demeure : l’État doit-il avoir le droit de retirer définitivement la vie à une personne condamnée par la justice ?

Pour les organisations de défense des droits humains, la réponse est claire : non.

« La justice doit se fonder sur les droits humains »

Amnesty International a salué l’adoption de la loi, la qualifiant de victoire importante pour les droits humains.

Pour Heba Morayef, directrice du programme régional Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International, cette décision transforme une suspension de fait des exécutions en une protection juridique durable du droit à la vie.

Mais Amnesty rappelle également que le Liban devra prendre des mesures supplémentaires, notamment commuer toutes les condamnations à mort et ratifier le Deuxième Protocole facultatif au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui vise à abolir la peine de mort.

Une fois la loi entrée en vigueur, le Liban deviendra le 114e État à avoir aboli la peine capitale pour tous les crimes. À l’échelle mondiale, 145 pays sont aujourd’hui abolitionnistes en droit ou en pratique.

ROOTS TV : abolir la peine de mort, partout

À ROOTS TV, nous saluons cette décision historique.

Mais nous voulons surtout qu’elle soit l’occasion d’ouvrir un débat plus large.

L’abolition de la peine de mort ne doit pas être considérée comme une exception libanaise. Elle doit devenir une perspective pour l’ensemble du monde arabe.

La justice ne devrait jamais être synonyme de vengeance. Une société qui défend les droits humains doit également défendre le droit à la vie, y compris lorsque l’individu a commis un crime grave.

Abolir la peine de mort ne signifie pas nier la gravité des crimes. Cela signifie reconnaître que l’État ne peut répondre à la violence par une autre violence irréversible.

Il existe des peines, il existe la privation de liberté, il existe la justice. Mais aucune justice humaine ne peut garantir qu’une condamnation à mort sera toujours juste, exempte d’erreur judiciaire, de discrimination, de pressions politiques ou d’un procès inéquitable.

Une erreur judiciaire peut être réparée. Une exécution, jamais.

C’est pourquoi ROOTS TV appelle à poursuivre le combat pour l’abolition universelle de la peine de mort et invite la Tunisie, comme les autres pays arabes qui maintiennent encore cette sanction dans leur législation, à ouvrir enfin ce débat avec courage.

Un combat raconté par ceux qui le portent

Dans cette perspective, ROOTS TV vous propose également de retrouver l’entretien que nous avons réalisé avec Me Rafic Zakharia, avocat libanais et fervent défenseur des droits humains, engagé depuis de nombreuses années dans le combat pour l’abolition de la peine de mort au Liban.

Son témoignage permet de comprendre les enjeux de cette longue bataille, les résistances rencontrées et la portée de cette victoire.

Du Liban à la Tunisie, du monde arabe au reste du monde : le combat pour le droit à la vie continue.

ROOTS TV — Pour une justice fondée sur les droits humains.

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