Human Rights

Tunisie — Morts en prison : quand le silence de l’État devient une question de responsabilité

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Alors que les alertes se multiplient sur les conditions de détention et les décès survenus dans plusieurs prisons et lieux de privation de liberté, l’Association des magistrats tunisiens appelle à des enquêtes judiciaires immédiates, indépendantes et effectives. Pour ROOTS TV, une vie ne cesse pas d’être protégée par l’État au moment où une personne franchit les portes d’une prison.

Le phénomène prend une dimension de plus en plus préoccupante.

Ces dernières semaines, plusieurs organisations nationales et de défense des droits humains, des avocats ainsi que des familles ont fait état de décès survenus dans des établissements pénitentiaires et lieux de détention en Tunisie. Certaines de ces morts sont entourées de circonstances et de zones d’ombre qui soulèvent de sérieuses interrogations sur les conditions de détention, l’accès aux soins et le respect des garanties fondamentales accordées aux personnes privées de liberté.

Dans un communiqué publié le 13 septembre 2026, le bureau exécutif de l’Association des magistrats tunisiens a lui-même exprimé sa « grande préoccupation » face à la multiplication de ces décès et demandé que toute mort survenue dans une prison ou lors d’une détention fasse l’objet d’une enquête judiciaire immédiate, indépendante, effective et impartiale.

Une personne détenue reste sous la responsabilité de l’État

La privation de liberté ne signifie pas la privation de droits fondamentaux.

Une personne incarcérée conserve son droit à la vie, à l’intégrité physique et psychologique, aux soins et à la dignité. Elle doit également être protégée contre la torture et contre toute forme de traitement cruel, inhumain ou dégradant.

L’État tunisien est donc directement responsable des conditions dans lesquelles sont détenues les personnes placées sous son autorité.

Cette responsabilité est d’autant plus importante lorsque les personnes concernées souffrent de maladies chroniques ou présentent des fragilités médicales nécessitant une surveillance et une prise en charge particulières.

Le communiqué de l’Association des magistrats rappelle à ce titre les obligations découlant de la législation tunisienne sur le régime des prisons ainsi que des conventions internationales relatives aux droits humains auxquelles la Tunisie est partie.

Où est la transparence ?

C’est précisément sur ce terrain que les interrogations deviennent plus lourdes.

L’Association des magistrats tunisiens dénonce l’absence d’explications suffisantes de la part du ministère de la Justice concernant la situation dans les établissements pénitentiaires.

Elle évoque notamment des conditions climatiques exceptionnelles, les difficultés d’approvisionnement en eau et en électricité ainsi que l’impossibilité, pour la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, d’effectuer des visites dans les prisons afin de constater directement les conditions de détention.

Dans une démocratie, lorsqu’une personne meurt alors qu’elle se trouve entièrement sous la responsabilité de l’administration, la transparence ne devrait pas être considérée comme une faveur.

Les familles ont le droit de connaître la vérité.

La société a le droit de savoir.

Et la justice doit pouvoir travailler sans pression, sans opacité et sans interférence.

Chaque décès doit faire l’objet d’une enquête

Il ne revient ni aux réseaux sociaux, ni aux médias, ni aux familles, ni aux organisations de défense des droits humains de déterminer seuls les causes d’un décès ou de désigner des responsables.

Cette mission appartient à la justice.

Mais justement, cela implique que la justice soit saisie systématiquement et immédiatement.

L’Association des magistrats tunisiens insiste sur la nécessité d’ouvrir, pour chaque décès en prison ou en détention, une enquête permettant d’établir les circonstances exactes de la mort, les éventuels manquements et les responsabilités qui pourraient en découler.

Une telle enquête ne doit pas être une formalité administrative.

Elle doit permettre de déterminer les causes médicales du décès, de vérifier les conditions de prise en charge du détenu, d’examiner les éventuels signalements effectués avant sa mort et d’identifier tout manquement éventuel.

La vérité doit être établie par des faits, des expertises et une justice indépendante.

Les détenus ne doivent pas devenir des vies invisibles

Le drame carcéral ne se résume pas au nombre de décès annoncés.

Derrière chaque personne détenue se trouve une famille qui attend, qui s’inquiète, qui demande des informations et qui, parfois, apprend la mort d’un proche dans des circonstances qu’elle ne comprend pas.

La dignité d’une société se mesure aussi à la manière dont elle traite celles et ceux qui sont privés de liberté.

C’est pourquoi la lutte contre la surpopulation carcérale, l’amélioration des conditions d’hébergement, l’accès effectif aux soins et la prise en charge des urgences médicales ne peuvent plus être considérés comme des questions secondaires.

L’Association des magistrats appelle notamment à mettre en place un protocole clair concernant les situations médicales critiques et les décès en prison, avec des responsabilités précises et des délais d’intervention et d’information clairement définis.

La prison ne doit pas être une zone de non-droit

ROOTS TV rappelle qu’une société démocratique ne peut accepter que les prisons deviennent des espaces soustraits au regard public et au contrôle indépendant.

Il ne s’agit pas de préjuger des causes des décès ni de désigner des coupables avant que les enquêtes n’aient établi les faits.

Il s’agit d’une exigence beaucoup plus fondamentale :

quand une personne meurt alors qu’elle est sous la garde de l’État, l’État doit rendre des comptes sur les circonstances de cette mort.

Pas de silence.

Pas d’opacité.

Pas d’impunité.

Mais des enquêtes indépendantes, la vérité pour les familles et, lorsque des responsabilités sont établies, l’application de la loi.

Une prison prive une personne de sa liberté. Elle ne doit jamais la priver de son droit à la vie, aux soins et à la dignité.

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